Archive pour la catégorie ‘Carrières’

J’AI OSE LANCE MA MARQUE DE BEAUTE

samedi, avril 29th, 2017
Partager

La fondatrice et PDG, Shana Barry estime que pendant des décennies, les marques de beauté ont été surchargées de produits chimiques… elle explique : « Ce que nous voulons aujourd’hui, c’est un véritable retour à la racine par des matières premières nobles ». D’où la naissance de la marque ASHANA.B PARIS.

Pour elle, donc c’est le temps pour une révolution. C’est pourquoi, dit-elle, nous introduisons, dès cet instant, la marque luxe, Bio & Vegan de soins de beauté & Bien-être Ashana.B PARIS qui bouscule les tendances de l’industrie de la beauté. Sa première gamme “Trésor de Beauté” a récemment été lauréat d’un prix cosmétique récompensant ses bienfaits et qualité. Shana Barry raconte tout sur son entreprise de cosmétiques naturels et biologiques unisexe fait exclusivement pour le bien-être de tous et de chacun.

Comment en êtes-vous arrivée au monde de l’entreprenariat ?

Avant de créer ASHANA.B PARIS, j’ai eu une carrière professionnelle très riche en passant du stylisme, au marketing de luxe international, puis par les médias et le life coaching. Dans ces milieux prestigieux, j’ai essayé toute sorte de produits de beauté, mais étant remplis de produits chimiques, seules les matières premières ayant bercé mon enfance – comme le beurre de Karité, le Ricin, le Baobab, etc., qui sont au cœur de ma création, ont su convenir à ma peau et à mes cheveux délicats.

Après le décès de mon père, mon « life changing moment » – je n’avais plus envie de me camoufler, mais plutôt d’être complètement moi-même. C’est de là que je me suis promis de réaliser mon rêve de toujours : fonder ma propre marque. Celle-ci est un hommage, car ASHANA.B PARIS développe des formules inspirées des meilleures recettes ancestrales de beauté et bien-être que mes grands-mères et mes parents utilisaient au quotidien et avec lesquelles j’ai grandi. Je suis profondément convaincue par leurs bienfaits et souhaite les partager avec toute personne qui ne veut pas altérer sa beauté par des produits chimiques et nocifs qui à la longue développent des maladies sévères comme le cancer.

À court terme, gagner de plus en plus de visibilité afin que ASHANA.B puisse faire passer son message au monde. Puis à long terme, développer de nouvelles gammes à distribuer à l’international. Je souhaite réussir mon pari d’encourager le retour au naturel et que chacun développe son estime de soi en célébrant sa beauté naturelle.

Je pense que l’on devient entrepreneur, parce qu’on a envie de laisser sa trace, créer son propre sillage et de partager son savoir-faire. Etant une femme très indépendante, j’étais persuadée que je serai plus épanouie et plus productive si je créais mon entreprise. Cela s’est avéré être le cas.

Quels sont les avantages de votre marque ASHANA.B sur ce marché très concurrentiel de la cosmétique ?

ASHANA.B se positionne en France comme l’un des précurseurs du Green chic qui a réussi la symbiose rare du luxe et Bio, entre la tradition et la modernité, par un métissage des matières en alliant des produits traditionnels, le savoir-faire originel et un soin particulier de la peau et des cheveux. Le travail de qualité prodigué a été reconnu par les labels les plus exigeants de la cosmétique internationale : Qualité France, Cosmébio, Slow Cosmétique, et PETA cruelty-free&vegan garantissant des produits à plus de 98% d’ingrédients naturels issus de l’agriculture biologique, sans silicone ni parabènes, des matières premières irréprochables et des formulations non-testées sur les animaux.

Une attention particulière est ainsi apportée à l’environnement. ASHANA.B est plus qu’une marque de beauté, elle prône le bien-être comme un art de vivre, le « be yourself ». Pour être bien à l’extérieur, il faut être bien à l’intérieur, c’est pour cela qu’être conscient de ce que l’on met sur son corps est vital. ASHANA.B développe une forme d’élégance oubliée, un véritable retour aux racines, ainsi qu’à la santé et au bien-être.

Pourquoi vous êtes-vous tournés vers le e-commerce et l’international ?

ASHANA.B est une jeune marque, son lancement date de mi-2015. Pour le moment, nos produits sont exclusivement distribués sur notre boutique en ligne : www.ashana-b.com. La plateforme e-commerce a tout d’abord été choisie, car cela était une plateforme idéale pour tester ce projet ambitieux, permettre un contact direct avec le client, mais aussi d’offrir des cosmétiques sans être limité géographiquement dès le départ.

C’est une marque de luxe internationale, sélective et exigeante, mais elle est aussi inclusive, car elle représente toutes les beautés du monde sans exception. Pour moi la beauté est universelle, elle se présente sous toutes ses formes et toutes ses couleurs, ce qui la rend d’autant plus riche. C’est avec cette vision qu’a été développée la gamme «Trésor de Beauté » composée de six soins : shampooing, après-shampooing, masque soin capillaire, crème visage, lait corporel ainsi qu’un aftershave. Ainsi, cette gamme s’adresse aux hommes et aux femmes de tout âge avec tout type de peau et chevelure. Un accent est cependant mis sur peaux et cheveux dévitalisés. En effet, il est plus difficile de trouver sur le marché des produits naturels, Bio, Vegan et de qualité pour ces problématiques.

Quels sont vos projets à court et long termes ?

À court terme, gagner de plus en plus de visibilité afin que ASHANA.B puisse faire passer son message au monde. Puis à long terme, développer de nouvelles gammes à distribuer à l’international. Je souhaite réussir mon pari d’encourager le retour au naturel et que chacun développe son estime de soi en célébrant sa beauté naturelle. Puis comme tout créateur, j’espère profondément que ASHANA.B PARIS vive longtemps, se développe et instaure ses propres boutiques à l’international.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaiteraient créer leur entreprise ?

Je leur conseillerai d’avoir une vision claire et précise de leurs objectifs, d’être armés de patience et détermination ainsi que d’être prêts à travailler jour et nuit, sans horaire, avec persévérance et optimisme.

 

RENCONTRE AVEC LATIFA CHAKRI

jeudi, mars 30th, 2017
Partager

RENCONTRE AVEC LATIFA CHAKRI, PORTRAIT D’UNE LEADER DANS LE DOMAINE DES NTIC ET DU DEVELOPPEMENT DURABLE

Dans ce mois de mars où nous célébrons la femme, on ne cesse de réaliser à quel point l’Afrique est riche de talents féminins. C’est dans le cadre de ce voyage que nous sommes allés à la rencontre de Latifa CHAKRI, une grande dame qui porte dans son cœur le développement de l’Afrique. Depuis plus d’une décennie elle prouve par ses actions son attachement à ce continent où pourtant elle n’a pas grandi mais auquel elle reste fortement attachée.

Latifa est issue d’une famille franco marocaine  qui s’est installée en Alsace dans l’est de la France depuis la fin des années 1970. Spécialisée en télécommunication et sécurité réseaux, elle débute son parcours professionnel à Paris dans les plus grandes enseignes européennes des télécoms.

Après un passage à Londres,  elle se met à son compte en 2007 et crée une société dans le domaine des études de veilles économiques nommé Business Intelligence Network.

Plus récemment, elle crée MINT Ltd, une structure spécialisée dans le domaine des nouvelles technologies, cette entité se subdivise en plusieurs sections notamment,

MINT Communication, mettre les outils d’ingénierie informatique au service de la Communication 2.0 (MINT Communication) en Afrique.

Mint Technology qui exerce en Europe et en Afrique sur le développement du numérique, de l’économie numérique  et de la sécurité numérique.

MINT Africa s’intéresse à des projets innovants dans le domaine du développement durable en Afrique certes, mais surtout a des projets à grande valeur humaine ajoutée. En ce moment, Madame Chakri est en partenariat avec une structure Suisse Allemande spécialisée dans la mise en place d’un projet de haute technologie et très innovant dont la primeur a été réservée à African Ladies Magazine. Il s’agit du dessalement d’eau de mer pour le transformer en eau potable. Du jamais vu en Afrique. Dieu seul sait combien l’eau potable est encore un luxe pour des millions de personnes sur le continent. Une telle innovation force le respect et la reconnaissance de tous les africains. Grâce à ce procédé,  l’eau de mer, des puits et des rivières est récupérée,  dessalée puis traitée en temps réel après un passage dans une machine avec pas moins de 8 technologies embarquées. Ce procédé peut servir aussi pour l’irrigation des terres. Cette innovation sera présentée lors du salon International des inventions à Genève en fin mars 2017  grâce à l’accompagnement de MINT Africa.

Ce projet, qui est le fruit de nombreuses années de recherche sera déjà opérationnel et commercialisable au printemps 2017. Il reste juste quelques formalités à remplir pour la joint-venture.

Les orientations ont été données pour que ce projet garde son côté solidaire. Les populations ne devraient pas subir les coûts élevés de la machine et de son utilisation. Voici pourquoi, cette dame de cœur tient à ce que les partenariats se fassent avec les collectivités locales comme les mairies, les chefs de villages et tribus, etc…pour que le plus grand nombre puisse en bénéficier indépendamment de leurs situations sociales.

Soucieuse de l’environnement et connaissant les enjeux pour notre continent qui a une partition importante à jouer dans les changements climatiques, elle lance le concept #AfricaCop en marge de la COP22 qui s’est tenue à Marrakech en novembre 2016. Le but étant de réunir les participants africains autour d’une plateforme pour qu’ils puissent parler d’une même voix malgré les différentes pressions qui peuvent survenir des pays riches. Cette initiative a été saluée par bon nombre d’officiels africains et par le Royaume du Maroc, hôte de la conférence.

 

L’équipe de Mint Africa

Femme leader, mais femme d’abord, cette grand dame est aussi engagée sur la question du genre et du leadership des femmes et des jeunes générations. En dépit d’un agenda particulièrement chargé, elle trouve quand même le temps pour animer son ONG dénommée AMEWA, à travers laquelle elle fait la promotion du leadership des femmes et des jeunes générations. Elle prépare un forum fin 2017 qui réunira des leaders de demain au service du développement durable.

Sephora TEMBI

Voici la nouvelle Directrice exécutive du World Diamond Council

mercredi, mars 1st, 2017
Partager

Mme Marie-Chantal Kaninda a été nommée par le Conseil Mondial du Diamant (WDC) au poste de Directrice exécutive ce lundi 27 février 2017. A ce titre, elle représentera les intérêts des industriels de la joaillerie et du diamant notamment dans la réforme du Processus de Kimberley.

WDC a choisi Mme Kaninda pour son expérience dans le secteur minier et son engagement dans les questions d’éthique et d’anti-corruption. En effet, la ressortissante de la République démocratique du Congo évolue depuis plus de 20 dans l’industrie minière et a travaillé pour des multinationales telles que De Beers, AngloGold Ashanti ou Rio Tinto. Elle apportera son savoir-faire en matière de marketing et de relations avec les parties prenantes. Administratrice au Diamond Devlopment Initiative et à ProCredit Equity Bank, Marie-Chantal Kaninda est depuis 2012 à la tête de l’Initiative anti-corruption dans le secteur privé en RDC.

Andrey Polyakov, Président du WDC, a annoncé la nomination de Mme Kaninda en des termes élogieux : « nous sommes ravis d’avoir comme Directrice exécutive  une personne avec le parcours et l’expérience de Mme Kaninda » a-t-il relevé. « Son point de vue sera précieux pour aborder la réforme du Processus de Kimberley qui débutera cette année » a ajouté le Président du WDC.

Pour rappel, le World Diamond Council a été créé en 2000 pour contrer le commerce des diamants de conflits. En effet, ces diamants servent aux financements de diverses rébellions en Afrique. Pour répondre à cette problématique, WDC a contribué à l’élaboration du Processus de Kimberley, un régime international destiné à enrayer le commerce des diamants de sang en favorisant la traçabilité des diamants bruts. La République démocratique du Congo participe à ce Processus depuis son entrée en vigueur en 2003.

Mme Kaninda aura en charge notamment le développement des relations avec les parties prenantes stratégiques, la représentation de WDC dans le Processus de Kimberley et notamment sur le chantier de la réforme.

Mariée et mère de deux enfants, elle remplace à ce poste Mme Patricia Syvrud et prendra fonction ce 1er mars 2017.

Marie MINANG

ENTREPREUNARIAT FEMININ: CLE DU DEVELOPPEMENT AFRICAIN

samedi, février 18th, 2017
Partager

En Afrique, beaucoup de femmes veulent se lancer dans les affaires et le business. Malheureusement, elles se heurtent à des discriminations passives, que l’on constate surtout sur le marché du travail.

On sait tous qu’une mère ou une femme a un rôle primordial dans un foyer et dans la vie de famille. Mais elle est aussi un facteur clé dans le domaine social et au sein de la société. Malgré tout, les femmes sur le continent africain sont les principales victimes de la pauvreté à cause de nombreuses discriminations et inégalités.

D’après la Banque Mondiale, on constate surtout que la réduction et la suppression d’emploi dans les entreprises ciblent particulièrement la gent féminine. Même s’il est indéniable que les femmes ont des rôles très importants dans le développement économique d’une société et d’un pays. Cette importance de la participation des femmes dans l’économie d’un pays a été mise en avant durant les conférences menées pas l’Organisation des Nations Unies qui se sont déroulées au Caire en 1994, et en 1995, à Pékin. Durant ces conférences, les États membres étaient unanimes pour dire que les femmes sont de véritables leviers de performance économique et de croissance. Un autre rapport émanant du Fonds de développement des Nations Unies pour la femme ou UNIFEM a également fait état de l’impact sur l’implication de la gent féminine dans le développement, qui permet de réduire considérablement la pauvreté au sein des ménages.

Toutefois, sur le territoire africain, cette implication et la considération du rôle de la femme dans le développement économique est relativement faible. En effet, d’après les statistiques provenant du Fonds de recherche sur le climat de l’investissement et l’environnement des affaires, vers la fin des années 2010, voici les proportions de femmes entrepreneurs dans les pays africains étudiés :

  • 15 % au Maroc
  • 23 % en Égypte et Algérie
  • 37 % en Côte d’Ivoire
  • 39 % en Madagascar
  • 51 % au Cameroun

Discrimination due à une inégalité dans le cursus scolaire

Même si la gent féminine est toujours victime de discrimination de genre et d’inégalité, il est indéniable qu’elle est un véritable levier pour le changement. Par ailleurs, très touchées par les situations de pauvreté, il est nécessaire d’éradiquer ce phénomène. En effet, on ne pourra prétendre à un vrai développement et un réel progrès si les femmes font toujours l’objet d’une injustice et discrimination dans le monde des affaires. Bon sens économique oblige.

En outre, les femmes sont des actrices actives dans le domaine économique même si leurs actions sont méconnues dans nos pays. On peut les voir dans divers secteurs économiques et elles apportent une contribution non négligeable au PIB d’un pays. Cela, en œuvrant de manière active dans le secteur de l’agriculture, dans la promotion de la sécurité alimentaire et du droit de l’enfant ainsi que dans les actions contre la malnutrition et les actions sanitaires.

Sur le plan entrepreneurial, par contre, on ne voit les femmes que dans des activités informelles. Elles sont victimes du manque de financement pérenne dans leurs activités, ce qui engendre un réel frein et un blocage dans le développement de leurs entreprises. Il est donc nécessaire qu’il y ait des actions qui puissent permettre aux femmes d’avoir une plus grande indépendance sur le plan financier afin de leur permettre de se positionner comme de véritable levier pour le développement économique, en créant de la richesse pour leur pays et pour tout le continent africain. À cet égard, il est nécessaire de trouver des stratégies qui leur permettent de concilier les activités génératrices de revenus et leur rôle dans la vie familiale. Il est également essentiel de prévoir la mise en place d’un réseau de femmes entrepreneures qui sera une plateforme d’échange, de partage et de demande de conseil, dont le but est d’optimiser les activités entrepreneuriales de la gent féminine.

 

 

Un défi majeur, dans ce cas, pour le cas des femmes africaines, c’est l’accessibilité d’un système éducatif qui leur permet d’avoir un cursus formatif sûr et stable pouvant développer leurs compétences tout au long de leur vie active. Cela débute dès le plus jeune âge étant donné qu’en Afrique subsaharienne, le taux de scolarisation des filles est toujours en deçà de celui des garçons. Mais ce sont également les filles qui sont les principales victimes de l’arrêt prématuré de la scolarité sur le continent. Des actions doivent ainsi, être menées afin de sensibiliser les filles à aller à l’école et qu’elles y restent le plus longtemps possible afin d’acquérir les meilleurs savoirs pour une vie active riche.

Le financement à travers le microcrédit

L’accès au financement de leur projet fait aussi partie des plus gros soucis que les femmes rencontrent dans leur vie entrepreneuriale. C’est l’un des facteurs de blocage les plus pertinents quant au développement de leurs entreprises ou leurs initiatives pour créer un projet pérenne. Il est donc, important de créer des liens et des relations entre les femmes africaines porteurs de projets et les initiatives d’aide au financement comme l’IFC ou l’International finance corporation, et au niveau du Global Entrepreneurship Monitor. En effet, pour le développement de leurs projets, il est impératif que les femmes aient les actifs nécessaires pour optimiser la production. Le résultat, comme l’affirme la Banque Mondiale, serait très intéressant étant donné qu’il y aurait une augmentation de la productivité, de l’ordre de 10 à 30 %, si on pourvoit les mêmes actifs de production, aux femmes comme pour les hommes.

Comme exemple, on peut citer le FAFCI ou Fonds d’appui aux femmes de Côte d’Ivoire qui est une initiative de microcrédit, permettant aux femmes de bénéficier d’un microfinancement à crédit et dont le taux d’intérêt appliqué est réduit. Cette initiative compte aujourd’hui, plus de 110 000 bénéficiaires et permet aux femmes porteurs de projet de se faire aider par un financement sûr afin de créer une activité génératrice de revenus ou pour développer des activités déjà existantes et mûres.

Un engagement global est nécessaire pour réussir à passer le cap et mettre les femmes au-devant des stratégies de développement économique d’un pays. Tous doivent travailler en ce sens afin que la force et l’énergie qu’ont ces dernières paient et apportent un développement positif au continent, même si on sait que les femmes africaines sont encore victimes d’innombrables difficultés et d’inégalités.
Source: www.afriquetimes.com

ENTRETIEN AVEC ASMAA MORINE AZZOUZI

samedi, janvier 21st, 2017
Partager

 

« La création d’entreprise par des femmes s’est banalisée au Maroc »

Sur les 15 000 femmes chefs d’entreprise que compterait le royaume chérifien, elles sont 600 à avoir adhéré à l’Association des femmes entrepreneurs du Maroc (Afem). Cette structure fonctionne comme un réseau, installe des incubateurs et fait du plaidoyer auprès des pouvoirs publics, comme l’explique sa présidente, Asmaa Morine Azzouzi.
Est-ce plus difficile pour une femme que pour un homme de monter son entreprise au Maroc ?

La société reste patriarcale, en effet, mais le problème des mentalités se pose de moins en moins. Le fait que des femmes mènent des entreprises s’est banalisé. Le nouveau statut d’auto-entrepreneur, entré en vigueur en 2015, remporte un vif succès : 47 % des personnes qui se font enregistrer sont des femmes.

Par ailleurs, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), la principale organisation patronale, dont l’Afem est membre, est dirigée par une femme. Miriem Bensaleh-Chaqroun est aussi l’une des fondatrices de l’Afem.

En réalité, une autre contrainte explique le faible nombre de femmes qui créent des entreprises structurées, des SARL dont la gestion est plus contraignante et implique plus de temps. Le Maroc manque tout simplement de structures d’accueil pour les enfants en bas âge ! La responsabilité des enfants incombe en premier lieu aux mères, comme au Danemark ou ailleurs, des pays dotés de crèches publiques et de jardins d’enfants – contrairement au Maroc.

Des crèches privées n’existent-elles pas ?

Si, mais elles pratiquent des tarifs peu accessibles, environ 400 euros par mois, l’équivalent du salaire moyen d’une employée de bureau débutante. Le Smic ne dépasse pas 250 euros par mois et les salaires sont peu élevés.

Les familles élargies ne peuvent pas prendre le relais pour garder les enfants des mères qui travaillent, car de plus en plus, l’habitat urbain privilégie le modèle de la famille nucléaire. Dans les grandes villes, les jeunes couples vont s’installer dans les quartiers périphériques, et se heurtent à des difficultés de transport.

Il nous faut des crèches publiques, communales. Ce n’est pas une priorité des autorités pour le moment, mais nous faisons un plaidoyer pour que nos élues au Parlement, qui occupent 15% des sièges, puissent en parler.

L’accès au crédit est-il compliqué pour les femmes entrepreneurs ?

Nous avons fait des enquêtes, et les femmes évoquent en effet cette difficulté. Certaines agences bancaires demandent des garanties supplémentaires aux femmes, mais si votre dossier est solide, il passe. Qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, l’accès au crédit pour une société qui démarre implique de sérieuses garanties. C’est pourquoi l’Afem a négocié avec la Caisse centrale de garantie un système qui couvre 80 % d’un crédit à l’investissement pour un projet porté par une femme.

Est-ce aussi un handicap d’être femme quand on doit donner des ordres à des hommes ?

Si des femmes compétentes et reconnues donnent du travail à des hommes, ils seront bien contents de l’avoir ! Pour les ouvriers, avoir une femme pour patronne ne pose aucun problème. En revanche, il peut s’avérer un peu plus compliqué d’avoir des femmes cadres dans une petite structure. Dès que l’on passe à des entreprises de taille supérieure, bien structurées, plus personne ne pense en termes d’homme ou de femme, mais de compétence et d’efficacité.

Quels sont les stéréotypes qui vous irritent le plus sur la place des femmes dans votre pays ?

Le Maroc n’est pas la France, qui n’est pas non plus la Finlande ! A chacun son niveau de développement, sa propre culture et ses blocages.

Ce qui nous mine vraiment, c’est le taux d’analphabétisme encore très élevé dans un monde rural où la femme trime toute sa vie sans revenus. Elle travaille 18 heures par jour, mais ne figure pas dans les statistiques des femmes actives du Haut commissariat au plan (HCP), parce qu’elle le fait pour sa famille. C’est l’homme qui va vendre la marchandise au souk ou le marché de gros. C’est à pleurer : les femmes rurales ne travaillent pas aux yeux des statistiques nationales, alors qu’elles sont à l’œuvre du matin jusqu’au soir.

Pourquoi votre association a-t-elle lancé un réseau d’incubateurs d’entreprises ?

Il s’agit pour nous d’une mission citoyenne, qui vise à combler une lacune, en encourageant spécifiquement les jeunes femmes à créer leur entreprise, pour leur donner plus de chances de réussite.

L’Afem mène donc un travail de sensibilisation dans les écoles, les universités et les instituts professionnels pour renseigner les jeunes femmes sur la création d’entreprise. Ensuite, nous menons des campagnes de recrutement, en utilisant beaucoup les réseaux sociaux. Nous sélectionnons des projets et les élues sont prises en charge gratuitement pendant 18 mois, pour bénéficier d’un accompagnement global, juridique financier commercial.

Quelle est l’ampleur de ce réseau ?

Nous avons commencé par lancer en 2006 le réseau Maroc Pionnières, avec l’aide de plusieurs bailleurs de fonds. Actuellement nous bénéficions du soutien de la coopération belge (programme Min Ajliki de l’APEFE), de la Fondation marocaine OCP (Office Chérifien des Phosphates), du ministère de la famille marocain et l’Agence du Développement Social (ADS).

L’incubateur Maroc Pionnières a été lancé un an après la fondation de Paris Pionnières par Frédérique Clavel. Depuis, nous avons lancé quatre autres incubateurs au féminin à Tanger, Rabat, Meknès et El Jadida. Deux autres seront bientôt ouverts à Marrakech et Tétouan.

A ce jour, nos pionnières ont créé plus de 300 entreprises, pour la majorité dans les services – une tendance lourde du marché, puisque 80 % des entreprises fondées par des femmes opèrent dans le secteur tertiaire.

Quels services proposez-vous aux femmes qui sont membres de l’Afem ?

Des formations en développement personnel, en management, en transformation digitale, ainsi que des missions d’affaires à l’étranger. Nous fournissons des informations sur les programmes d’appui aux entreprises – qu’ils soient nationaux ou internationaux, menés notamment dans la filière agroalimentaire par l’Organisation des Nations unies pour le développement de l’industrie (Onudi).

Quels sont les grands axes de votre plaidoyer ?

L’autonomisation de la femme, aussi bien par l’augmentation de l’employabilité que entrepreneuriat. Le problème, encore une fois, ce sont les structures d’accueil pour les enfants. Les femmes doivent être sensibilisées à la possibilité de prendre leur destin en mains et de travailler.

Qu’attendez-vous des bailleurs de fonds ?

Qu’ils nous accompagnent sur le plan financier pour la gestion des incubateurs, et nous aident avec des prêts et des subventions à créer de nouvelles structures du même type.

S’ils pouvaient contribuer à la mise en place de structures d’accueil pour les enfants en bas âge, ce serait aussi formidable.

Source site ideas4development,org


Suivez-nous

Agenda

november, 2019

No Events

Nos activités Instagram

Voir Plus